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      La braise est sous la cendre

La braise est sous la cendre

En imposant des cendres sur le front des baptisés, le Mercredi du même nom, l’Eglise ne tend-elle pas à ses détracteurs des verges pour se faire battre ?
S’il est vrai que cet acte liturgique est austère, à y regarder de près on s’aperçoit pourtant de son bienfait.


En imposant des cendres sur le front des baptisés, le Mercredi du même nom, l’Eglise ne tend-elle pas à ses détracteurs des verges pour se faire battre ? D’aucuns n’y voient en effet qu’un rituel macabre, par lequel la mauvaise conscience - celle d’être pécheur - est entretenue dans le coeur des fidèles. Une sorte de piqûre de rappel d’un noir pessimisme qui, par surcroît, convaincrait ceux-ci que la vie humaine n’est pas grand-chose, surtout si celui qui impose les cendres a le malheur d’y adjoindre l’une des deux sentences prévues par le rituel : « Souviens-toi que tu es poussière et que tu retourneras à la poussière ».
S’il est vrai que cet acte liturgique est austère, à y regarder de près on s’aperçoit pourtant de son bienfait. Loin d’accabler celui qui reçoit les cendres, il tend au contraire à dissiper chez celui-ci deux illusions néfastes.
Celle, d’abord, qu’on nomme présomption. Aussi vieille qu’Adam, elle persuade l’être humain qu’il peut parvenir à son propre accomplissement grâce aux seules ressources de la nature. Hier en mangeant du fruit défendu de l’arbre de la connaissance du bien et du mal ; aujourd’hui par le recours à tout ce que les sciences lui offrent de connaissances et d’outils pratiques. Au mathématicien de renom Pierre-Simon Laplace, à qui l’empereur Napoléon Ier demandait pourquoi son traité de cosmologie ne contenait pas le nom de Dieu, on prête la réponse suivante : « Dieu ? Sire, je n’ai pas eu besoin de cette hypothèse ». On pourrait dire que l’existence de la plupart des occidentaux contemporains est fondée sur la même assise : Dieu n’entre pas dans l’équation. Or, l’histoire récente nous l’apprend, partout où Dieu est évacué, le pire advient. Quoiqu’il soit évidemment nécessaire de « purifier » l’idée qu’on se fait de Dieu de toutes les scories idolâtriques dont on la charge, elles aussi fruits de l’orgueil humain. André Frossard définissant ainsi l’intégriste en ces termes : « c’est celui qui veut faire la volonté de Dieu, que Dieu le veuille ou non »… Aussi est-il bon qu’on rappelle au baptisé, le Mercredi des Cendres, qu’il a besoin de Dieu d’une part (« Tu es poussière… »), et qu’il lui faut sans cesse revenir à lui (« Convertis-toi et crois à l’évangile », et encore dans la première lecture : « Revenez à moi de tout votre coeur »).
L’autre illusion que dissipe le rite des cendres, c’est le désespoir. L’idée est assez répandue selon laquelle l’être humain est décidément trop fragile, et trop mauvais en outre pour pouvoir accéder ultimement à autre chose qu’au néant. On pourrait penser, nous l’avons dit, que la liturgie des Cendres abonde en ce sens ; mais il n’en est rien. L’antienne d’ouverture a ces mots très consolants : « Seigneur, tu aimes tout ce qui existe et tu n’as de répulsion pour aucune de tes oeuvres ». Hors de question, donc, que Dieu se résolve à abandonner ses créatures, qui portent son image, à leur finitude et même à leur péché ! L’Apôtre expose une fois encore le stratagème mis sur pied par Dieu pour empêcher cela : « Celui qui n’a pas connu le péché, Dieu l’a pour nous identifié au péché des hommes, afin que, grâce à lui, nous soyons identifiés à la justice de Dieu ». En Jésus, le Fils devient passible et mortel pour nous rendre la vie, et la vie « en plénitude » selon l’expression si belle de saint Jean dans son Prologue.
Le grain de poussière qu’est chacun de nous est donc voué par élection divine à une destinée glorieuse, et dès cette terre comme y insiste la finale de la deuxième lecture : « c’est maintenant le moment favorable, c’est maintenant le jour du salut ». D’ores et déjà donc, la braise est sous la cendre : à nous de souffler dessus pour qu’à nouveau la flamme divine nous embrase et mette avec notre concours le feu au monde.

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