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      Espérer contre toute espérance !

Espérer contre toute espérance !

« Il est vital de réveiller une Europe fatiguée, vieillie et stérile ! » On se souvient de ce diagnostic sans concession posé en 2016 par le pape François, médecin-chef d’une Eglise devenue, selon ses propres termes, « hôpital de campagne ». A quelques naïfs près, les observateurs de tous bords, accourus eux aussi au chevet de Dame Europe, abondent en ce sens depuis quelques décennies déjà : « anorexie spirituelle », « névrose du sens », « burnout généralisé » sont des expressions qui reviennent de plus en plus souvent sur leurs lèvres ou sous leur plume.


Les esprits chagrins diront que le fait n’est pas nouveau, qu’il semble congénital à l’être humain d’éprouver cette sorte de profonde mélancolie (voire de « nausée », selon Sartre) devant l’absurdité de l’existence, et qu’il ne lui reste par conséquent qu’à vivre avec, le moins lâchement possible.

Mais à nous, chrétiens, un tout autre programme est fixé par le premier des papes :
« soyez toujours prêts à rendre compte de l’espérance qui est en vous » (1 P 3, 15). Pour notre bien propre d’abord, et pour ceux auprès desquels nous sommes envoyés. Car c’est bien d’espérance que vit le chrétien et dont manque l’occidental contemporain.

C’est que l’espérance chrétienne est mal comprise, et partant mal aimée. Une catéchèse abstraite à force de froides définitions n’y est pas pour rien, qui l’a parfois rendue inaccessible. Tout comme une certaine prédication, modelée sur Polnareff et son fameux slogan « on ira tous au paradis », a sapé la raison d’être de l’espérance. Est-ce pourtant ainsi qu’il convient de traiter la « petite fille espérance », dont Charles Péguy dévoile l’inattendue noblesse en un poème mémorable, Le porche du mystère de la deuxième vertu (1912) ? Dans ce texte, Dieu lui-même se dit étonné par la puissance de l’espérance, en laquelle il admire l’un des plus beaux fruits de sa grâce. Ceux qui cherchent en l’espérance un bain tiède où se glisser, pour éviter froideurs et brûlures de l’existence, font fausse route. L’espérance n’est pas de ces consolations factices et bon marché, qui finalement ne trompent personne. Elle n’est pas cet opium qui procure un vain sursis. Bien au contraire, c’est une eau forte (l’eau de vie !) qui galvanise le désir d’infini lové au coeur de l’homme. Son feu suscite tout à la fois en celui-ci saine inquiétude (celle qu’entretient le Baptiste) et apaisement (celle dont témoigne la Vierge Marie), le rendant apte à affronter avec réalisme et souplesse ce que l’existence implique de combat.

Quel moment plus opportun que celui de l’Avent pour considérer à frais nouveaux le thème de l’espérance ? Rien de tel, semble-t-il, pour revigorer l’attente du Christ Jésus qui doit y prévaloir, en dépit des soucis quotidiens et au sein d’un monde triste de ne plus savoir espérer. D’où la conférence qui vous est proposée mercredi prochain, 18 décembre, à Stella Matutina. Qu’on me permette ici de corriger l’intitulé qui en a été, par ma faute, hâtivement donné : il ne s’agira pas de « L’espérance pour les nuls », mais plutôt de « L’espérance, kit de survie pour notre temps ».

Père Vincent Baumann

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La petite espérance de Péguy

Ce qui m’étonne, dit Dieu, c’est l’espérance.
Et je n’en reviens pas.
Cette petite espérance qui n’a l’air de rien du tout.
Cette petite fille espérance.
Immortelle.

Car mes trois vertus, dit Dieu.
Les trois vertus mes créatures.
Mes filles mes enfants.
Sont elles-mêmes comme mes autres créatures.
De la race des hommes.
La Foi est une Épouse fidèle.
La Charité est une Mère.
Une mère ardente, pleine de cœur.
Ou une sœur aînée qui est comme une mère.
L’Espérance est une petite fille de rien du tout.
Qui est venue au monde le jour de Noël de l’année dernière.
Qui joue encore avec le bonhomme Janvier.
Avec ses petits sapins en bois d’Allemagne couverts de givre peint.
Et avec son bœuf et son âne en bois d’Allemagne.
Peints.
Et avec sa crèche pleine de paille que les bêtes ne mangent pas.
Puisqu’elles sont en bois.
C’est cette petite fille pourtant qui traversera les mondes.
Cette petite fille de rien du tout.
Elle seule, portant les autres, qui traversera les mondes révolus.

[...]

Mais l’espérance ne va pas de soi.

L’espérance ne
va pas toute seule.

Pour espérer, mon enfant,
il faut être bien heureux,
il faut avoir obtenu,
reçu une grande grâce.

[...]

La petite espérance s’avance entre ses deux gran-
des sœurs et on ne prend pas seulement garde à
elle.
Sur le chemin du salut, sur le chemin charnel, sur
le chemin raboteux du salut, sur la route inter-
minable, sur la route entre ses deux sœurs la
petite espérance
S’avance.
Entre ses deux grandes sœurs.
Celle qui est mariée.
Et celle qui est mère.
Et l’on n’a d’attention, le peuple chrétien n’a d’attention que pour les deux grandes sœurs.
La première et la dernière.
Qui vont au plus pressé.
Au temps présent.
À l’instant momentané qui passe.
Le peuple chrétien ne voit que les deux grandes sœurs, n’a de regard que pour les deux grandes sœurs.
Celle qui est à droite et celle qui est à gauche.
Et il ne voit quasiment pas celle qui est au milieu.
La petite, celle qui va encore à l’école.
Et qui marche.
Perdue entre les jupes de ses sœurs.
Et il croit volontiers que ce sont les deux grandes qui traînent la petite par la main.
Au milieu.
Entre les deux.
Pour lui faire faire ce chemin raboteux du salut.
Les aveugles qui ne voient pas au contraire.
Que c’est elle au milieu qui entraîne ses grandes sœurs.
Et que sans elle elles ne seraient rien.
Que deux femmes déjà âgées.
Deux femmes d’un certain âge.
Fripées par la vie.

C’est elle, cette petite, qui entraîne tout.
Car la Foi ne voit que ce qui est.
Et elle elle voit ce qui sera.
La Charité n’aime que ce qui est.
Et elle elle aime ce qui sera.

La Foi voit ce qui est.
Dans le Temps et dans l’Éternité.
L’Espérance voit ce qui sera.
Dans le temps et dans l’éternité.
Pour ainsi dire le futur de l’éternité même.

La Charité aime ce qui est.
Dans le Temps et dans l’Éternité.
Dieu et le prochain.
Comme la Foi voit.
Dieu et la création.
Mais l’Espérance aime ce qui sera.
Dans le temps et dans l’éternité.

Pour ainsi dire dans le futur de l’éternité.

L’Espérance voit ce qui n’est pas encore et qui sera.
Elle aime ce qui n’est pas encore et qui sera
Dans le futur du temps et de l’éternité.

Sur le chemin montant, sablonneux, malaisé.
Sur la route montante.
Traînée, pendue aux bras de ses deux grandes sœurs,
Qui la tiennent pas la main,
La petite espérance.
S’avance.
Et au milieu entre ses deux grandes sœurs elle a l’air de se laisser traîner.
Comme une enfant qui n’aurait pas la force de marcher.
Et qu’on traînerait sur cette route malgré elle.
Et en réalité c’est elle qui fait marcher les deux autres.
Et qui les traîne.
Et qui fait marcher tout le monde.
Et qui le traîne.
Car on ne travaille jamais que pour les enfants.
Et les deux grandes ne marchent que pour la petite.

Charles Péguy, Le Porche du mystère de la deuxième vertu, 1912

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