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      Contrôle ou confiance

Contrôle ou confiance

Un des aspects du confinement récent qui m’a le plus coûté, c’était le flou.


Un des aspects du confinement récent qui m’a le plus coûté, c’était le flou. Je n’aime pas le flou ; je déteste le flou. J’aime quand les choses sont claires, quand on sait où on va, quand on est dans la certitude. Cela me permet de me projeter, calculer, planifier, anticiper… C’est rassurant, la certitude. Elle rend la vie plus sereine. Elle donne l’impression d’être maître de la situation, d’avoir le contrôle sur notre avenir.

Le flou, c’est le pire. Avec lui on ne peut pas planifier. Tout reste en suspens, à la merci des éléments qui demeurent inévitablement hors de notre contrôle. Dans le flou on n’a qu’à attendre, faire preuve de patience et s’occuper autrement. Inutile de trop planifier, car tout peut changer d’un instant à l’autre. On déteste le flou.

Mais a-t-on raison ? Un mois après le déconfinement, je n’en suis plus si sûr. Je commence à me dire que le flou n’est peut-être pas un ennemi à abattre, mais une grâce, un rappel à l’ordre. C’est propre à l’Homme d’anticiper, de planifier, de se projeter. C’est même nécessaire, obligatoire. Mais ceci peut devenir une idole, une drogue. On peut y attacher une telle importance qu’on supporte mal d’en être privé. Et cet attachement devient vite source de frustration et de conflit. Surtout quand les choses ne se passent pas comme on avait prévu, quand les autres refusent de suivre nos programmes, pourtant bien définis et réfléchis. Et on finit par se convaincre que la vie serait beaucoup plus simple si tout le monde suivait ce qu’on avait anticipé.

Eh oui ! le flou est une grâce. Il nous oblige à nous opposer au désir surdimensionné de tout contrôler. Il nous force à nous détacher de nos plans, à arrêter de vivre trop dans le futur ; il nous ramène à l’instant présent. Il relève notre tête du guidon et révèle la présence de ceux qui nous entourent. Moins pressés, nous goûtons mieux les délices de chaque moment. Moins stressés, nous découvrons, qu’en fait, nous avons plus de temps et d’énergie à accorder aux autres.

Et il me semble que c’est comme ça que Dieu a prévu qu’on vive. Il voudrait que nous ayons une confiance totale en Lui. Tout en nous laissant programmer et planifier, Il veut que nous restions dans un sain détachement de ce que nous prévoyons. Il nous rappelle qu’Il nous porte dans Ses mains, que rien n’échappe à Sa Providence. Il veut que nos cœurs soient dans la paix, et que tout ce qui reste dans le flou Lui soit confié.

Madeleine Delbrel (1904-1964) a bien saisi cette réalité. Dans son manuscrit « Nous autres, gens des rues », elle décrit la vie comme un bal de l’obéissance. Pour elle, la vie à laquelle Dieu nous invite « n’est pas un jeu d’échecs où tout est calculé, ni un match où tout est difficile, ni un théorème qui nous casse la tête, mais une fête sans fin où Sa rencontre se renouvelle, un bal, une danse, entre les bras de Sa grâce. »
Et la danse est joyeuse. En se laissant guider par l’Autre, on ne sait pas exactement où on va, mais c’est très bien comme ça. Finalement, j’aime le flou…

Père Richard Greenslade, curé

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