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      Homélie du dimanche 9 septembre 2018 - Père Henaff

Homélie du dimanche 9 septembre 2018 - Père Henaff


Tous les trois ans, j’aime prêcher sur ce passage de l’évangile, en faisant un parallèle avec le baptême et sur notre ouverture à une parole vivante. J’aurais aimé vous parler de tout cela, mais l’actualité ecclésiale m’invite à aborder un sujet douloureux, celui des prêtres qui ont été motifs de scandales, et l’on sait la parole de Jésus à ce sujet dans l’évangile selon St Matthieu au chapitre 18. A la question des disciples « Qui donc est le plus grand dans le royaume des Cieux ? » Jésus appelle un enfant le place au milieu des disciples en disant : « Amen, je vous le dis : si vous ne changez pas pour devenir comme les enfants, vous n’entrerez pas dans le royaume des Cieux. Mais celui qui se fera petit comme cet enfant, celui-là est le plus grand dans le royaume des Cieux. Et celui qui accueille un enfant comme celui-ci en mon nom, il m’accueille, moi. Celui qui est un scandale, une occasion de chute, pour un seul de ces petits qui croient en moi, il est préférable pour lui qu’on lui accroche au cou une de ces meules que tournent les ânes, et qu’il soit englouti en pleine mer. Malheureux le monde à cause des scandales ! Il est inévitable qu’arrivent les scandales ; cependant, malheureux celui par qui le scandale arrive ! »
Telles sont les paroles de Jésus qui dévoilent les crimes de certains. Aujourd’hui la parole de Jésus « Effata ! » nous invite à ouvrir nos oreilles à la douleur des victimes, à leurs blessures qui resteront à jamais, à ceux qui ont été abusés dans notre Eglise, notre maison, par des consacrés. Dans sa Lettre au peuple de Dieu le pape François cite Saint Paul : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance » (1 Co 12,26). Mais ajoutons alors (avec l’essayiste Frédéric Boyer) : qu’un seul membre ne partage pas cette souffrance, la minimise, ou la dévalorise, préfère la taire, et c’est alors tout le corps qui est atteint. Nous sommes appelés à ouvrir les yeux sur cette lèpre.
Mgr Ravel, archevêque de Strasbourg, vient d’écrire un texte remarquable à ce sujet : « Ces affaires ne sont pas derrière nous, elles forment notre présent spirituel. Elles nous interdisent de continuer dans le futur sans changer en profondeur, sans se laisser saisir à neuf par le Christ ».
La façon dont ces affaires ont été traitées naguère ne correspond en rien à l’Evangile de la vie et du respect. L’Eglise a trop cherché à se protéger et non à protéger, à étouffer qu’à entendre, à dissimuler plutôt qu’à dévoiler. Qui voulait entendre et prendre en compte la douleur des victimes ? Et lorsque le crime était découvert, une fausse notion de la miséricorde escamotait la justice et la vérité.
Cela révèle une maladie spirituelle très profonde et il faudra du temps pour guérir. De même que Jésus ne dit pas au sourd-muet : « Que tes oreilles s’ouvrent, que ta langue se délie ! » et qu’il déclare « Ouvre-toi ! », l’Eglise doit entendre cet ordre de Jésus et s’ouvrir aux souffrances des victimes.
Monseigneur Ravel va jusqu’à faire un lien entre la déchristianisation, l’indifférence rencontrée et cette maladie spirituelle, cette culture du silence où l’Annonce de la Parole de Dieu était enchaînée aux fers du crime et de la complicité. Or pour que l’Annonce de la Foi retrouve sa force, elle doit être libérée de ses chaînes. Ce dévoilement est paradoxalement une chance car les chaînes secrètes, invisibles car tenues cachées, retenaient l’Eglise de courir sur les chemins de la Mission malgré des volontés évangélisatrices.
On parle beaucoup des crimes sexuels, à juste titre, mais on évoque rarement un phénomène plus fréquent : les phénomènes d’emprise de certains prêtres ou religieux ou encore de laïcs jouant aux gourous et qui sont passés sous silence. Il arrive que des prêtres prennent une place qui n’est pas la leur, que ce soit dans des familles ou dans des groupes de prière. J’ai été attristé devant des familles profondément divisées après le passage d’un prêtre, le ministre de la communion devenant alors celui de la division.
Normalement, un prêtre est un pasteur qui donne sa vie pour les brebis qui lui sont confiées. Ces brebis ne lui appartiennent pas, elles appartiennent à Dieu. J’ai été le triste témoin du comportement inverse : c’était les brebis qui donnaient leur vie pour satisfaire leur pasteur, ce dernier se servant sur le troupeau.
Comment lutter contre cette déviation ? En ayant une attitude juste à l’égard des prêtres et en veillant sur leur humanité. Le ministère presbytéral est un don merveilleux de Dieu et chaque prêtre est émerveillé devant ce que le Christ fait à travers lui. Oui, accueillez tout ce que le Christ vous donne par le ministère des prêtres, mais ne les idéalisez pas, ne les déifiez pas, prenez soin de leur humanité. Votre regard ne doit pas s’arrêter à eux, mais au Christ dont ils sont les humbles serviteurs.
Mgr de Moulins Beaufort, futur archevêque de Reims a déclaré récemment : « Certains prêtres ont pu être amenés à constituer autour d’eux des micro sociétés, composées de fidèles obnubilés par leur charisme… » Le prêtre devient alors un surhomme, doté d’une confiance aveugle dans son autorité, il commence à ignorer sa fragilité et son humanité. Comme il se croit supérieur, les personnes ne deviennent que des choses, l’évangile proclamé et célébré est nié. Lorsque les prêtres sont à ce point sacralisés, le pire, l’inadmissible, le monstrueux sont alors possibles.
N’oublions pas que l’écrin que Dieu préfère pour déposer ses dons est l’humilité, lorsque le prêtre s’en éloigne, il se met en péril, comme il met en péril ceux qui lui sont confiés.
Comme tous les prêtres, sachez que j’ai besoin de vous pour vivre mon sacerdoce, non pas en étant placé sur un piédestal mais en vivant ce que Saint Augustin disait déjà aux fidèles : pour vous je suis évêque, avec vous je suis chrétien. Je dirais simplement : pour vous je suis prêtre, avec vous je suis chrétien, je suis votre frère.
Ma joie est de servir Dieu parmi vous, pour vous, comme l’écrasante majorité des prêtres, il me semble.
Dimanche prochain nous aurons la joie de participer à la consécration de notre nouvel évêque, Monseigneur Matthieu Rougé. Au cours de cette célébration nous verrons un geste qui signifie ce qu’est l’Eglise, lorsque sur les épaules de l’évêque est déposée une bible. L’Eglise est sous la parole, elle s’en nourrit et ne peut la manipuler.
Après avoir prié pour les victimes qui doivent avoir la 1ère place dans notre prière, nous prions pour les prêtres et les évêques, les consacrés et tous les fidèles : que nous soyons au service de la Parole en échappant à la tentation de nous en servir.
Madeleine Delbrêl a écrit : « Une fois que la Parole s’est incarnée en nous, nous n’avons plus le droit de la garder pour nous : nous appartenons dès lors à ceux qui l’attendent »
Ouvrons-nous à la Parole.
Père Philippe Hénaff

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