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      Homélie du dimanche 21 octobre 2018 - Christian Carol

Homélie du dimanche 21 octobre 2018 - Christian Carol


Il est beaucoup question de souffrance dans les textes de ce jour... Or, il faut toujours faire attention quand on parle d’elle. Sur son lit de mort, le cardinal Veuillot, un ancien archevêque de Paris, disait à des prêtres : "Nous savons faire de belles phrases sur la souffrance. Moi-même j’en ai parlé avec chaleur. Dites aux prêtres de n’en rien dire : nous ignorons ce qu’elle est et j’en ai pleuré". Atteint d’un cancer, le cardinal mourut après plusieurs mois de souffrance. Vous voyez, voilà un prêtre, un archevêque, qui a fait des homélies, des causeries sur la souffrance durant sa vie ; et à la fin de ses jours, confronté à une importante souffrance physique, il pleure d’avoir parlé sans savoir.
Pour éviter des propos trop généraux, je me livrerai à une méditation de quelques versets tirés de la première lecture et de l’Evangile, qui sont toujours choisis dans le lectionnaire pour être en résonance. J’illustrerai cette méditation par quelques exemples bien concrets.

Commençons par ce texte bouleversant d’Isaïe.
Nous sommes vraisemblablement dans un contexte de persécution. Ce texte un peu mystérieux, le juif le lit comme un encouragement, une exhortation à ne pas désespérer. Le prophète Isaïe veut remonter le moral des troupes en donnant un sens à la souffrance que vit le peuple juif. Ce point est fondamental. Ce qui nous aide à tenir aux temps de l’épreuve, c’est la capacité à trouver/donner un sens à ce que nous vivons. Je le vois par exemple dans le monde l’entreprise où certaines personnes craquent car elles ne trouvent plus un sens à leur travail.
Je voudrais insister sur l’importance de donner un sens de sa vie en évoquant Viktor Frankl, un autrichien, professeur de neurologie et de psychiatrie, qui fut envoyé au camp de concentration de Theresienstadt puis, le 19 octobre 1944, à Auschwitz. Viktor fut surpris de constater que les gens qu’il jugeait faibles se maintenaient en vie et ceux qu’ils jugeait fort se laissaient mourir. Car dans les camps de concentration, cesser de lutter chaque jour, c’était mourir. Viktor Frankl en arriva à la conclusion que les personnes qui survivaient étaient celles qui avaient développé une vie intérieure et qui, envers et contre tout, arrivaient à donner une sens à cette terrible épreuve des camps.
Nous, chrétiens, pour nous aider à trouver un sens à notre vie, nous avons notamment la Parole.
Broyé par la souffrance, le Serviteur a plu au Seigneur. Cette phrase peut être mal comprise. La souffrance ne plait pas au Seigneur. Pour nous en convaincre, nous pouvons penser au Christ guérissant les malades. Le chrétien, même malade, même souffrant, sait qu’il plait à Dieu. Un jour, un de mes collègues a été opéré. Il ne souhaitait pas que j’aille le voir. Au bout de plusieurs tentatives, il a fini par accepter. Pudeur d’un homme qui ne voulait pas se montrer malade, affaibli. « Rien ne peut nous séparer de l’amour du Christ » dit Saint Paul.
S’il remet sa vie en sacrifice de réparation, le Serviteur verra une descendance.
S’il remet sa vie. Parfois, même avec tous les moyens mis en œuvre pour nous en débarrasser, la souffrance continue. Il reste alors à offrir ce que nous vivons à notre Seigneur. Plutôt que de rester dans l’absurde, car en soi la souffrance n’a aucun sens, nous pouvons oser un oui de consentement, un oui d’offrande. Tout lui remettre. « Vous qui peinez sous le fardeau, venez à moi », dit le Christ.
Par suite de ses tourments, le Serviteur verra la lumière, la connaissance le comblera. Il faut faire attention : ce n’est pas parce que l’on souffre que l’on voit la lumière. C’est parce que le Serviteur a offert à Dieu ses tourments qu’il verra la lumière. Et nous, chrétiens, quand nous parlons de la lumière, nous parlons du Christ. C’est-à-dire qu’en lui offrant nos tourments, en lui demandant de les porter avec nous, nous le rencontrons en vérité, en profondeur. Et cette rencontre avec le Christ fera notre joie.
Je voudrais éclairer ce point par un témoignage dont j’avais fait état lorsque le père Hénaff m’avait demandé de témoigner à plusieurs messes en avril. Mes parents se sont séparés quand j’avais 14 ans. Je me souviens, quelques mois après leur rupture, dans l‘état d’esprit que vous imaginez, avoir pris un Evangile et l’avoir ouvert aux pages décrivant la passion du Christ. Je me suis alors dit que je n’aurais jamais pu croire en un Dieu qui n’ait pas lui-même connu la souffrance. Cette image d’un Dieu ayant totalement partagé la condition humaine – hormis le péché bien sûr, ne m’a jamais quitté. Des dizaines d’années après, ce souvenir m’apporte encore la Paix. Pour paraphraser ce verset, la connaissance du Christ souffrant la Passion m’a comblé. Je suis passé d’une connaissance un peu cérébrale à une connaissance intime, et cela m’a donné une joie profonde qui dure depuis maintenant plus de 45 ans.

Passons maintenant à l’Evangile.
Le Christ va développer une idée forte :
Celui qui veut devenir grand parmi vous sera votre serviteur. Celui qui veut être parmi vous le premier sera l’esclave de tous.
Vous vouliez devenir grand par la gloire, en prenant les deux premières places, moi, votre Seigneur, je vous appelle à devenir un serviteur. Quel renversement de perspective !
Car le Fils de l’homme n’est pas venu pour être servi, mais pour servir.
Juste avant d’être arrêté et de vivre la passion, le Christ lavera les pieds de ses disciples, pour leur enseigner que si Lui, le maître et Seigneur, accomplit cet acte, nous aussi avons à le faire à notre tour. Et même après avoir vécu le lavement des pieds, les disciples, à l’image de St Pierre, ne comprendront pas. Ou pas encore.
Car au temps du Christ comme maintenant, devenir Serviteur ne va pas de soi. L’homme, au fond de lui, se laisse naturellement attirer par la gloire.
Il y a huit jours, j’ai été ordonné diacre au service de la communauté. Il y a trois ou quatre semaines, Mgr Matthieu Rougé a été ordonné évêque au service de tout le diocèse. Nos prêtres ont été ordonnés au service de telle ou telle paroisse. Évêques, prêtres et diacres, nous sommes tous ordonnés pour le service. Tout baptisé est aussi appelé à servir. Nous nous inscrivons ainsi à la suite du Christ serviteur. A l’opposé, pour reprendre une triste actualité, certains prêtres ou évêques ont considéré qu’ils devaient non pas servir mais être servis. Etre servis dans leurs besoins de pouvoir – c’est le phénomène d’emprise, dans leurs besoins sexuels – cela a mené à la pédophilie. Il faut choisir : servir comme le Christ a servi, ou être servi.
Pour être serviteur, il faut être humble. L’humilité est un peu la mère la toutes les vertus, comme l’enseignaient déjà les pères du désert et les pères de l’Eglise.
L’humilité ne s’acquiert pas par un effort de volonté mais par la capacité à vivre certaines situations difficiles. C’est ce que l’on retrouve par exemple de longue date dans la spiritualité monastique.
Notre Seigneur a partagé notre condition humaine, y compris la souffrance, mais hormis le péché bien sûr. Nous pouvons tout lui confier. Ne doutons jamais de son amour.
A l’heure où Jésus passait de ce monde à son Père, il disait à ses disciples : « C’est la paix que je vous laisse, c’est ma paix que je vous donne. Ne soyez donc pas bouleversés et effrayés. »

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