Paroisse de Saint-Cloud
http://paroisse-saintcloud.fr/Homelie-du-12-janvier-2013-Pere
      Homélie du 12 janvier 2014 - Père Lebouteux

Homélie du 12 janvier 2014 - Père Lebouteux

Nos réticences à devenir disciples


Frères et sœurs,

Si nous nous interrogeons sur les raisons de notre propre baptême ou bien si nous demandons à des parents la raison pour laquelle ils veulent faire baptiser leur enfant, nous aurons comme réponse : « pour devenir enfant de Dieu », « pour être pardonné de nos péchés », « pour entrer en communion avec Dieu »… autant de raisons tout à fait valables pour ce qui nous concerne. Mais nous pouvons nous interroger : et dans ce cas, pourquoi Jésus avait-il besoin de recevoir le baptême ? Il est le Fils éternel du Père, il demeure en communion avec lui, il n’a jamais commis de péchés… Il ya de quoi se poser quelques questions sur la raison sur sa venue sur les bords du Jourdain.

Nous comprenons pourquoi Jean-Baptiste, devant la demande du Seigneur de recevoir le baptême a exprimé quelques réticences. Il avait annoncé un Messie qui baptiserait dans l’Esprit et le feu, et à propos duquel il se jugeait indigne de délier la courroie de ses sandales. Or voici que Jésus demande à Jean-Baptiste de le baptiser, de me plonger dans les eaux du Jourdain, comme tous les pécheurs qui venaient à Jean pour recevoir un baptême de purification et confesser leurs péchés. Jésus a fait le choix de cet abaissement, et cela ne rentre pas dans la logique de Jean. Cet abaissement du Christ qui a choisi de se faire serviteur, de ne pas « revendiquer le rang qui l’égalait à Dieu » est le mouvement dans lequel il désire nous entraîner par notre baptême. Or, comme Jean-Baptiste, nous éprouvons une certaine réticence. Réticence devant le fait de renoncer à toute forme de pouvoir et de domination, de nous faire le serviteur de tout homme, de ne pas avoir de passe-droit ou d’avantages particuliers. Ce choix de Jésus est celui de rejoindre toute l’humanité, en assumant pleinement la condition humaine de l’intérieur.
Le baptême, loin de nous mettre à part, nous plonge au contraire dans cette humanité, nous rend frère universel de tout homme, nous oblige à sortir de nos cercles et de nos manières de pensée pour nous ouvrir à cette universalité. Il n’est pas facile de consentir ainsi à nous plonger dans ce monde en acceptant d’en être pleinement solidaire, non pas dans le mal, mais dans tout ce qui fait la vie des hommes et des femmes de notre monde. Cette route n’est pas une option pour un chrétien, mais le lieu d’exercice de son baptême. Nous avons à plonger dans ce monde pour l’aimer de l’intérieur, conscients de la profonde solidarité qui nous lie aux autres.

Pour expliquer sa décision de se faire baptiser, Jésus explique çà Jean que « c’est ainsi que nous devons accomplir toute justice ». Cette formule est assez surprenante, elle exprime pourtant la manière dont Dieu lui-même veut nous rendre justes. La manière dont il vient nous sauver de la mort et du péché : non pas come un juge extérieure, mais en portant sur lui nos péchés et ses conséquences. La plongée dans les eaux du baptême signifie pour Jésus l’acceptation de porter sur lui les péchés en descendant jusqu’à la mort pour ouvrir à tous les hommes les portes de la vie avec Dieu. Une image permet de comprendre sa démarche : si dans un bassin viennent se laver beaucoup de personnes très sales, elles finiront par salir l’eau et si quelqu’un de tout propre s’y plonge, il ressortira avec toutes les impuretés qui s’y sont déposées.

Jésus s’est immergé dans notre humanité pour prendre sur lui les impuretés de nos cœurs. Il les fera disparaître définitivement en mourant sur la croix. Il veut détruire le péché en sauvant la vie du pécheur. Jésus ne s’est pas révolté, il a changé la violence en douceur, la haine en amour et la mort en vie. Le disciple de Jésus, celui qui se fait baptiser doit marcher sur ses traces, il doit à son tour consentir à porter sur lui la part d’injustice et de violence qui défigure l’humanité. Voilà l’autre point sur lequel nous exprimons une réticence. Notre humanité se révolte lorsque nous subissons une injustice ou lorsque nous sommes victime de mensonge ou de trahison. Nous aurions tendance spontanément à répondre par l’insulte à qui nous insulte voire par la violence à qui nous fait du mal. La force du baptisé est de devenir un instrument de paix. Les chrétiens sont comme les paratonnerres de notre monde, dans la mesure où ils ne répondent pas à la violence et à la haine ou à toute forme d’injustice. Ils viennent enrayer la spirale de la violence par la douceur, à l’image du Christ qui, comme le dit le prophète Isaïe : « Il ne criera pas, il ne haussera pas le ton, on n’entendra pas sa voix sur la place publique. Il n’écrasera pas le roseau froissé, il n’éteindra pas la mèche qui faiblit ». La douceur évangélique désarme toutes les guerres et enraye tous les conflits, mais nous comprenons bien que cette attitude ne va pas sans réticences, sans révoltes.

La force de l’Esprit que nous recevons au baptême nous est donnée pour vaincre nos réticences à assumer pleinement notre condition humaine et à devenir frère universel au service de tout homme ; ce même Esprit nous permet de vaincre nos réticences à répondre par la douceur et la justice à ceux qui nous font du mal. Cette force nous configure au Christ qui porte les péchés et nous fait participer à cette œuvre de salut pour l’humanité entière.

Réagir à cet articleRéagir à cet article

Un message, un commentaire ?

modération a priori

Attention, votre message n’apparaîtra qu’après avoir été relu et approuvé.

Qui êtes-vous ?

Pour afficher votre trombine avec votre message, enregistrez-la d’abord sur gravatar.com (gratuit et indolore) et n’oubliez pas d’indiquer votre adresse e-mail ici.

Ajoutez votre commentaire ici
  • Ce formulaire accepte les raccourcis SPIP [->url] {{gras}} {italique} <quote> <code> et le code HTML <q> <del> <ins>. Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Logo Horaires

Logo Faire un don