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      Homélie - 1er dimanche de Carême - 10 mars 2019 - Guy Rondepierre

Homélie - 1er dimanche de Carême - 10 mars 2019 - Guy Rondepierre

Les Tentations de Jésus - et les nôtres


Si la carême doit être un temps de pénitence et de mise à l’épreuve, nous pouvons tristement dire que, pour notre Eglise, le Carême a vraiment commencé.

La longue suite d’informations accumulées ces derniers jours, la révélation d’abus et de scandales anciens et présents, nous font souffrir et nous font imaginer pour notre Eglise une période de désert qui ira certainement au-delà des 40 jours. Une rude épreuve à laquelle nous sommes confrontés.

Il est vrai ces informations ne sont pas toutes de même ordre et que l’on souhaiterait quelques fois un peu plus de discernements et de méthodes dans leur révélation. Mais quand même ! L’archevêque de Rouen écrivait hier : « Nous découvrons des péchés graves, aggravés parce qu’ils ont été cachés. Je n’imaginais pas à quel point il y avait de la pourriture au sein de notre Église catholique ». L’archevêque n’était pas seul à ne pas avoir jusque-là imaginé !

Avant toute chose, rappelons quand même que s’il faut pleurer sur notre Eglise, et nous devons le faire, il ne faut pas oublier de pleurer sur les personnes qui ont été atteintes un jour ou l’autre par ces abominations. Et nous pouvons aussi rappeler qu’il y a, je crois, je suis sûr, beaucoup d’hommes et de femmes d’Eglise qui ont vécu ou qui vivent au mieux possible une relation chaste avec ceux et celles qu’ils accompagnent. Mais cela ne fait pas taire le scandale et la douleur.

Dans sa Lettre au Peuple de Dieu du mois d’août dernier, notre Pape écrivait : « Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ».

Cette lettre vient dramatiquement en correspondance avec l’évangile des Tentations de Jésus.

La première tentation que le démon présente à Jésus, pour manger, est de transformer les pierres en pain. Bien sûr il est question de notre faim de Dieu. Nous savons aussi que la tentation est de dominer les choses et la matière à notre profit, et sans doute aussi de dominer les autres, pour mieux, si je puis dire, les manger. Dans toutes les affaires en question, la tentation libidinale n’est-t-elle pas de vouloir manger les autres ?

La seconde tentation suggérée à Jésus est d’étendre son pouvoir sur toute la terre. Certes quant à nous-mêmes, les uns seront tentés d’étendre leur influence sur le maximum de situations, et d’autres auront tellement renoncé à quoique ce soit pour le monde et pour les autres que la tentation sera de se retirer de toute décision, de toute influence. Ce ne serait pas plus authentique.

Dans sa Lettre, le Pape évoque les souffrances vécues à cause des abus sexuels, mais aussi celles provoquées par les abus de pouvoir et de conscience, notamment dans les communautés religieuses. C’est ainsi qu’il dénonce les abus de ce qu’il appelle le cléricalisme, « une manière déviante, dit-il, de concevoir l’autorité dans l’Église », une attitude qui « annule non seulement la personnalité des chrétiens, mais tend également à diminuer et à sous-évaluer la grâce baptismale qu’ils on reçue ». Le cléricalisme, dont il dit encore, qu’il est favorisé par les prêtres eux-mêmes mais aussi par les laïcs.
Que de révisions et que de travail à faire !

La troisième tentation que le Diable met en oeuvre est celle de mettre Dieu à l’épreuve : “Il donnera bien des ordres aux anges pour toi”. Ne sommes-nous pas tentés d’éprouver Dieu au lieu de nous laisser éprouver par lui ? Sommes-nous en confiance avec lui ou en éternelle tractation ?

J’ai le souvenir d’un témoignage donné suite aux dramatiques événements du Rwanda. Un des protagonistes, assassin génocidaire, à qui on demandait : Comment vous qui êtes chrétiens, avez-vous pu vivre cela ? Répondait quelque chose comme : «  En effet pendant ces semaines-là, nous avons mis Dieu comme de côté, nous l’avons sciemment oublié ». Serions-nous tentés d’appeler Dieu quand nous avons besoin de lui et de le délaisser quand son regard pourrait nous empêcher de vivre avec lui ?

J’aime beaucoup la façon dont l’évangéliste Luc écrit : « Ayant ainsi épuisé tout les formes de tentations …  ». D’une façon ou d’une autre, elles sont pour chacun de nous.

« Si un seul membre souffre, tous les membres partagent sa souffrance ». C’est vrai que les événements récents me font souffrir, nous font souffrir.
Qu’ils nous obligent, vous et moi, prêtres et laïcs, à nous regarder autrement, non pas avec méfiance, mais avec réalisme et prudence et avec encore davantage de respect. Nous sommes d’abord habités par la même grâce baptismale, rappelle le Pape : nous sommes frères avant d’être pères !


J’ai envie de dire encore :
Tu ne mettras pas non plus le prêtre à l’épreuve en lui en demandant davantage qu’il ne peut donner ou en répétant qu’il fait les choses tellement bien et mieux que vous. Que chacun apprenne aussi à bien faire.
Et vous ne lui direz pas non plus, mesdames, combien vous l’aimez. Il le sait suffisamment !

Et si, aujourd’hui, un garçon ou un homme jeune me dit qu’il s’interroge sur une vocation possible, bien sûr que nous allons parler sérieusement avec lui, y compris de sa vie affective, mais je continuerai à lui dire : Vas-y jeune homme, le « métier » de prêtre, n’est pas sans risque. C’est aussi pour cela qu’il vaut la peine.

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